Depuis un an, les tableaux de bord se multiplient : « les robots d'IA ont visité votre site 340 fois ce mois-ci », avec un joli camembert par éditeur. C'est devenu un argument de vente, y compris le nôtre. Voici ce qui se cache derrière ces chiffres, et pourquoi ils méritent une réserve que presque personne n'écrit.
Quand un visiteur, humain ou machine, demande une page, il envoie une petite phrase d'identification. Un robot d'OpenAI annonce par exemple qu'il s'appelle GPTBot. Les outils de suivi lisent cette phrase et comptent.
Le problème est que cette phrase est déclarative. Elle n'est pas vérifiée, elle n'est signée par personne, et n'importe qui peut écrire ce qu'il veut dedans. Google le dit lui-même, dans un encadré d'avertissement de sa documentation :
« Caution: The user agent string can be spoofed. Learn how to verify if a request is from Google. »
Ma traduction : attention, la chaîne d'identification peut être usurpée. Apprenez à vérifier si une requête vient bien de Google. Source : Google, « List of Google user-triggered fetchers », developers.google.com, dernière mise à jour affichée le 16 juillet 2026, consultée le 13 août 2026.
Ce n'est pas une hypothèse d'école. Se faire passer pour un robot connu est une technique courante : les robots légitimes sont souvent autorisés à passer les protections, donc usurper leur identité est un moyen simple de contourner un filtre. La mise en garde de Google mentionne explicitement « spammers or other troublemakers ».
Google publie une page entière consacrée à ce contrôle, et il classe ses accès en trois familles, chacune avec ses plages d'adresses publiées dans un fichier à part : les explorateurs courants, les explorateurs à cas particuliers, et les récupérateurs déclenchés par un utilisateur.
Deux méthodes sont documentées : la résolution de nom inversée (l'adresse doit se résoudre vers un nom de domaine appartenant à Google, et ce nom doit se résoudre à son tour vers la même adresse), et la comparaison aux plages d'adresses officielles, publiées dans des fichiers mis à jour.
Et ce n'est pas propre à Google. En lisant les documentations des autres éditeurs pour un autre article, j'ai constaté qu'ils font la même chose et le recommandent explicitement :
| Éditeur | Ce qu'il publie |
|---|---|
| Trois fichiers de plages d'adresses, un par famille d'accès, plus la résolution de nom inversée | |
| OpenAI | Un fichier d'adresses par agent : recherche, entraînement, et requêtes déclenchées par un utilisateur |
| Perplexity | Un fichier d'adresses par agent, avec des consignes de configuration pour les pare-feux |
Autrement dit, la matière pour faire une vérification sérieuse est disponible gratuitement, chez chacun d'eux. Ce qui manque, ce n'est pas la donnée, c'est que les outils s'en servent.
Notre propre agent est concerné, et je le dis ici plutôt qu'ailleurs. Le suivi des passages de robots d'IA de notre plugin gratuit identifie une vingtaine de robots par leur signature déclarée, comme la quasi-totalité des outils du marché. Ses chiffres se lisent donc comme un plancher indicatif : ils montrent qu'un robot annonçant être ChatGPT est passé, pas qu'il l'était. Croiser avec les plages d'adresses publiées est le durcissement évident, et il est désormais sur notre liste.
Cette fragilité se propage à tout ce qui est construit dessus. Quand vous lisez qu'un robot représente tel pourcentage du trafic automatisé, ou qu'un éditeur explore X pages pour une visite renvoyée, la première question à poser n'est pas « est-ce beaucoup », c'est comment l'identité du robot a été établie.
Deux réponses possibles. Si c'est par les plages d'adresses ou la résolution inversée, le chiffre mérite d'être discuté. Si c'est par la seule signature déclarée, il faut le lire comme une limite basse mêlée d'imposteurs : les vrais robots y sont, mais les faux aussi, et rien ne permet de faire la part.
C'est aussi pour ça que ces pourcentages varient autant d'une étude à l'autre. Ils ne mesurent pas la même chose, et la plupart ne disent pas laquelle.
Traitez ces tableaux de bord comme un indice, pas comme une mesure. Voir passer un robot d'IA est une information utile, savoir combien exactement en est une autre, et le second chiffre est plus faible qu'il n'en a l'air.
Demandez la méthode avant le chiffre. À un prestataire, à un éditeur d'outil, à une étude : comment l'identité du robot a-t-elle été vérifiée ? L'absence de réponse est une réponse.
Si vous bloquez sur la signature, sachez ce que vous bloquez. Une règle qui refuse tout ce qui s'annonce comme un robot d'IA laisse évidemment passer celui qui ment, et peut bloquer un vrai robot que vous vouliez accueillir. Les plages d'adresses publiées servent aussi à ça.
Et retenez la règle générale de cette rubrique : un chiffre se publie avec sa méthode, son échantillon et sa date, sinon il ne se publie pas. Celui-ci ne fait pas exception, y compris quand il vient de nous.
J'ai téléchargé les documentations le 13 août 2026 et je les ai analysées en texte intégral. Les citations sont reprises mot pour mot dans leur langue d'origine, avec ma traduction annoncée comme telle.
Je n'ai pas mesuré la proportion de faux robots sur un site réel. Ce serait une mesure originale et utile, elle demanderait de croiser des journaux de serveur avec les plages d'adresses publiées sur une période déclarée, et elle fera l'objet d'une publication à part le jour où je l'aurai faite. Je ne publie aucun pourcentage aujourd'hui, précisément pour ne pas commettre ce que cet article décrit.
La description du fonctionnement de notre propre suivi vient de son code, que j'ai relu ce jour. Elle n'utilise aucune donnée d'aucun site utilisateur.
Je dirige Rank Press, qui édite des agents IA pour WordPress. L'un d'eux affiche un suivi des passages de robots d'IA, exactement le genre de tableau de bord dont cet article relativise les chiffres. Je scie donc une branche sur laquelle je suis assis, et c'est volontaire : mieux vaut que vous l'appreniez ici que d'un concurrent.
Ce que ça ne remet pas en cause : voir quels robots passent, sur quelles pages et à quel rythme reste une information utile, que la plupart des sites n'ont pas du tout. C'est la précision du chiffre qui est en cause, pas son existence.
Si le sujet vous concerne côté site, l'un de nos agents est gratuit et publié sur le répertoire officiel de WordPress, sans compte ni clé API. Vous pouvez tout aussi bien refermer cette page sans rien installer, c'est le principe.
Une erreur dans cet article, une source qui contredit ce que j'écris, ou un point que j'aurais mal compris : écrivez-moi à contact@rankpress.com. Je corrige ce qui doit l'être.
Cet article fait partie de l'Observatoire Rank Press, une publication qui lit les documentations officielles pour vous.